La journée s’étire, douce, fragile,
Belle, de ce soleil doré de septembre.
La journée d’une parisienne parmi d’autres, entre petits bonheurs et petits griefs.
Une journée entre course, métro, bus et tramway,
Rendez-vous et toujours aux aguets.
Une journée de questions et d’interrogations.
Il suffit parfois de poser son front sur une vitre, de regarder la foule, le troupeau réuni sur ce quai, ces silhouettes, ces vies, qui s’égrènent encore et encore, silhouettes pleines de vie ou ombres, descendants, montant, sortant, marchant.
Jeunes, vieux, couples, étudiantes, copines babillant, ce couple âgé qui s’attend mutuellement et manque le métro par manque de rapidité entre les sièges et la rame et de sympathie des gens les entourant. Telle personne espérant récupérer quelques tickets resto ou pensant où dormir au chaud ce soir. Telle autre prise dans les affres de son travail et ne voyant plus rien autour d’elle. Ce jeune papa ne voit que son nouveau-né dans son écharpe et semble seul soudain, dans son bonheur égoïste. Ces deux petites filles rentrent sagement ensemble en commentant le comportement des gens et en chipotant dans leur goûter. Là-bas, ce groupe un peu tapageur se sent seul en fait, et cette personne aigrie a peur d’avoir laissé son bonheur au passé. Cette femme fatiguée et usée a peur de perdre son travail et cette jeune femme un peu hystérique planifie déjà dans sa tête son futur mariage. Une dizaine est absorbée derrière son nouveau smartphone. Ce monsieur a soudain oublié qu’il était dans une rame et s’emporte au téléphone ; sûrement n’entend-il pas son interlocuteur dans ce brouhaha.
Et moi, je suis là, loin, loin me semble t-il. Extérieure à cette foule. Extérieure à cette vie. Et dans cette rame pourtant. Avec eux. Là. A Paris.
Spectatrice d’un jour, spectatrice de toujours.
Spectatrice de la vie. Spectatrice de ma vie.
Impression fugace mais pas fugitive qui s’incruste. Là.
Alors la tête reposant sur la vitre, mon esprit s’évade et vagabonde. Et s’interroge. Ni sommeil, ni rêve, ni réalité. Sorte de fantasmagorie élaborée de ma vie.
Mais heureusement l’arrêt arrive. Le soleil, brillant, chaud et lumineux, chaleureux comme il sait l’être en cette saison, d’un coup chasse toute tristesse, ou autre mélancolie de mon esprit.
D’où je suis les arbres m’entourent. J’entre dans ce parc plutôt que de le contourner, et d’un coup c’est sur eux que mon regard s’attarde. Sur ces branches noueuses, sur ces couleurs flamboyantes surtout.
Mon regard s’attarde sur un tas de feuilles sur le bas côté du chemin. Quelqu’un me hèle, plutôt gentiment. Timidement. Je souris en regardant mes pieds.
J’avance, encore et encore. Ressourcée par ce petit bout de nature au coeur de Paris. Je m’arrête cinq minutes devant le lac, et regarde le héron qui se tient droit et fier au milieu, semblant toiser canards et cygnes autour de lui!
Mais pourquoi ne me tiens-je pas moi-même de la même façon dans la vie? Au milieu des étrangers (facile), des connaissances (moins facile), des collègues (dificile), des proches et intimes (impossible).
Pourquoi tant de questions alors que tant de simplicité suffit. Juste être soi. Là, maintenant, tout de suite. Qu’ai-je fait de l’enfant que j’étais? Egarée en chemin ?
Elle est peut être là, juste là, un peu au fond, tapie. Elle a peur.Peur de ce monde qui semble parfois impitoyable. Alors, elle se réfugie derrière l’adulte, mais s’est perdue en chemin. Apprendre pour désapprendre, reprendre et recommencer.
Juste d’être soi. On est si bien quand on se sent ainsi, en phase. Pas de représentation, pas de faux-semblants. Pas de trahison, pas de mensonges.
Droite et fière ! Voilà! (Enfin, pas trop quand même! )
Et puis, bon …
Et si c’était si simple!
Mais ça l’est!
Alors pourquoi?
Et voilà que ça recommence. Mon esprit dérive. Sauf que là, finalement, ça fait du bien.
Alors je repars, d’un pas un peu assuré,
Avec un air un peu serein.
Mêle ce petit sourire sur mon visage, s’affiche, et tente, timidement, de résister.
Et voilà.
Une journée, un soir, à Paris.
Une regard en arrière, comme ça, juste pour..? Parce que… Et finalement, a t-on besoin de raison?
Ce soir, je regarde par la vitre. La nuit est tombée. Si vite. Vendredi soir. Soir rime avec espoir, vous avez remarqué? Pourtant la nuit me semble toujours si noire. Et espoir me semble un mot si lumineux.
Sur Paris, tombe une brise fraîche. D’un coup il fait plutôt froid. La nuit et le soir sont déjà ceux de l’hiver. Je frissonne.
Je remonte le plaid sous mon menton et, mon livre à la main, imagine Paris au-dehors. Je me balade quelques minutes dans ma rue du regard, puis mon esprit vagabonde de l’autre côté, franchit l’avenue, change de quartier, regarde quelques illuminations, une sortie de ciné, une terrasse de café.
Il revient. Se repose. Se restaure.
Le même toujours.
Mais ce soir, malgré tout, un peu plus au chaud.


















Ca me rappelle cette phrase de Shakespear : « le monde est un théâtre dont nous sommes les acteurs »
Finalement on pourrait ajouter que pour certains, les plus attentifs et les plus curieux (comme toi et moi), le monde est aussi un magnifique spectacle!
c’est vrai!
Le monde et la vie. Un spectacle dont on ne se lasse pas!